Billet Horloger

En français dans le texte SVP !

17 juin 2011

Agacé de trouver des marques horlogères suisses qui continuent à décliner leurs messages en anglais, voire dans la langue de leur siège quelque part dans le monde, j’en appelle à l’Organisation Mondiale de la Francophonie...

En septembre 2010, la Suisse accueillait à Montreux le congrès de la Francophonie. Si on en a profité pour présenter quelques spécificités locales, tels le Festival de Jazz ou l’horlogerie, personne n’a eu l’idée de militer pour que la langue officielle de l’horlogerie soit une bonne fois désignée comme étant le français. C’est en tous les cas la réalité de la branche. Quelques mises au pas s’imposent donc.

Longtemps, la chose diplomatique s’exprimait en français. Peut-être parce que notre langue contient plus de subtilité pour exprimer les choses qui fâchent, ou qu’elle met plus de formes qu’une autre à enrober les messages les plus directs? En horlogerie, si la branche est née simultanément en Suisse, France, Angleterre et Allemagne, c’est encore et toujours dans ce coin de francophonie qu’elle a connu l’essor au point que le consommateur mondial l’y situe. Hélas, trop de sites internet et de communications destinées aux médias font pourtant encore l’économie du français.

Négation identitaire
Ce déni de francophonie est d’autant plus choquant lorsque la marque suisse est historique, qu’elle est née quelque part au cœur de ce fameux arc jurassien ou à Genève, et que ceux qui l’ont rachetée n’ont d’autre attache avec ce terroir que le juteux filon patrimonial. Ainsi, même lorsqu’ils en vantent copieusement le passé, sous le chapitre history, ils s’entêtent à le faire dans la langue de Shakespeare, puis dans celle qu’ils pratiquent depuis leur siège.

D’accord, l’heure est globale et les capitaux volatiles. Mais ceux qui possèdent et rachètent les marques restent toutefois très lucides. Au point, puisque la clientèle internationale continue d’assortir le mot swiss à une plus-value qualitative, de maintenir sous perfusion-prétexte un pseudo atelier de montage au fond d’une vallée perdue et de revendiquer ostensiblement la provenance ETA des mouvements. Alors pourquoi ne pas aller jusqu’au bout de la démarche et de s’exprimer en langage terroir? Ne pas s’y résoudre est un peu cavalier. C’est comme exploiter une mine prometteuse en se riant des autochtones. Ça confine le territoire de savoir-faire séculaires âgés de plus de deux siècles, au rang réducteur d’horizon folklorique et d’argument commercial. Et si l’on accentue le trait en balançant pêle-mêle quelques clichés enneigés, quelque ferme neuchâteloise engoncée dans une forêt typique, alors le tour est joué.

Des exemples? 
A part un coup de gueule partagé par les gens de presse contre Omega, qui ne place sur son site que les communiqués anglophones, se réservant d’envoyer ultérieurement ou sur demande bien longtemps après la première mise en ligne, ceux qui sont en français, je compte sur vous pour compléter quelques trouvailles que je vous propose en guise d’exemples, juste en me limitant à la lettre «A» de l’alphabet. Voici pour commencer Altanus Genève (www.altanus.com), une marque dont le site anglo-italophone vante les vertus cantonales. Quant à Appella (www.appella.com), née à Porrentruy en 1943, elle professe en anglais une domiciliation du côté de la Praille, non loin des ports francs genevois. L’absence du français frise le cocasse lorsque la marque porte un patronyme franco-franchouillard, connoté parfois d’appartenance à de bonnes vieilles familles helvètes: Armand Nicolet (www.armandnicolet.com), née et sise à Tramelan ou, plus déconcertant, car récemment créée, la swiss contemporary watch Manufacture Antoine Martin (www.antoinemartin.ch). 

Au sein même du pays, le français est minoritaire. N’allons donc pas chercher épaule compatissante du côté des politiques à Berne, ils nous répondraient à raison que le deuxième canton horloger du pays, en matière d’emplois, c’est Berne! Certes, mais ils omettent de relever que les zones concernées par l’activité horlogère sont principalement les prolongements francophones du Jura ou les zones où se professent un bilinguisme revendiqué. D’ailleurs même les marques nées en Schwyzerdutchlanddéfendent l’anglais, telle Atlantic (www.atlantic-watch.ch), fondée en 1888 à Bellach, près de Granges –oh sorry, Grenchen.

Qu’on le veuille ou non, la langue de l’horlogerie, en tous les cas de ceux qui la fabriquent et la bichonne, au cœur des fabriques et ateliers, au sein des Manufactures, reste le français. J’en appelle à l’Organisation Internationale de la Francophonie et à vos commentaires…

Le français, la langue du luxe. 
Si l’horlogerie rime avec suissitude, le luxe rime avec France. Les marques horlogères auraient donc tout à gagner à promouvoir l’usage du français dans leur communication. Nous viendrait-il à l’idée d’imaginer la marque Hermès, pourtant internationale, sans le «e accent grave» qui la caractérise, ou Fabergé, crée en Russie par un émigré français sans son «e accent aigu»?

Lire également sur le même sujet, la chronique à paraître en fin du magazine «Heure Suisse N° 112»

Par Joël A. Grandjean /TàG Press +41

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