Billet Horloger

Des gadgets, pas des montres

12 décembre 2013

Quand bien même Apple débarque sur le terrain du poignet humain, talonnée de près par Samsung et Sony, ou par une nuée de bracelets indicateurs d’heure, il ne s’agit pas d’horlogerie. Donner l’heure ne suffit pas pour s’appeler montre.

Même si nous y regardons l’heure de temps à autre, ne serait-ce que pour valider à la seconde près l’excellente précision de notre montre mécanique, un smartphone reste un téléphone. Qu’il possède tout un tas de fonctions supplémentaires, qu’il soit l’instrument de notre connexion permanente, n’y change rien. C’est un terminal dont la vocation première n’est en tous les cas pas celle de donner l’heure. Car cette fonction est livrée en prime, presque par mégarde, tout aussi insignifiante que celle de la calculatrice.  

Imagerie du mécanique

Fabriquer des montres mécaniques au troisième millénaire est tout aussi incongru que de fabriquer des locomotives à vapeur à l’ère du TGV. Des locomotives certes évoluées et actuelles sur le plan des procédés de production et des matériaux, mais disposant d’un réel four à bois, d’une grande roue motrice et crachant leur délicieuse fumée tout en hurlant ce son mythique annonciateur de leur passage. Sur le plan de la précision extrême, nous en sommes à l’heure de l’horloge atomique capable de mesurer le temps au milliardième de seconde. Cette heure-là, à quelques centièmes près et grâce au réseau UTC, arrive jusqu’à nos smartphones, nos ordinateurs ou les horloges radio-contrôlées de nos gares.

 

Or l’horlogerie mécanique, faite de rouages et d’aiguilles, inspire. La marque Slyde en joue, y compris dans ses derniers modèles où le verre tactile diffuse la vision d’un tourbillon. D’autres osent régulièrement des mariages entre les deux univers, celui de l’heure électronique ultra précise et celui de la micromécanique. Ventura par exemple, précurseur de l’heure radio contrôlée installée au poignet sans avoir pour autant renoncé au rotor. Une collection de chronographes, chez Breitling ou TAG Heuer entre autres, mixent les deux technologies. L’indication de la mesure du temps issue du mécanique et transmise par un affichage à aiguilles côtoie des fonctions électroniques à affichage digital. Côté téléphones portables, le smartphone d’Ulysse Nardin utilise un système hybride: une masse oscillante en assure la recharge en énergie.

ÇA C'EST DE L'HORLOGERIE ! 
Si la barrière au monde de l’indication horaire entre électronique et mécanique reste rarement franchie, un autre genre d’inspiration titille en sens inverse les neurones des créateurs horlogers. La montre digitale, souvent d’obédience électronique – même si à l’origine un garde-temps à heures sautantes peut aussi prétendre à cette dénomination – donne des idées. Le premier à y avoir succombé, c’était Fawaz Gruosi de la marque de Grisogono avec sa Mecanico dg: lookée montre à filament vert, son affichage est entièrement mu par un calibre compliqué. Il en fallut du temps pour la rendre fiable et en phase avec son prix élevé. Plus récemment, l’arrivée de la HM5 On The Road Again chez  MB&F rappelle une pièce muséale à affichage latéral signée Girard Perregaux. Un modèle osé sorti durant la courte période du quartz à filament rouge rapidement détrônée par l’affichage à cristaux liquides. A l’intérieur de cette dernière Horological Machine, du génie horloger à l’état pur, avec un calibre ultra mécanique. Du même acabit, on trouve chez Romain Jerome une pièce design, la  Spacecraft, co-conçue par Manuel Emch, Eric Giroud et Jean-Marc Widerrecht.

Smartwatches, opportunistes interférences ?

Les exemples d’une horlogerie mécanique s’inspirant de l’univers de la montre digitale électronique sont de vrais exercices horlogers de style. Ils n’ont rien à voir avec cette foultitude de gadgets horaires dont Apple incarne la percée. Des joujoux qui n’ont rien à faire à nos poignets tant ils sont la négation de tout ce qui fait l’intérêt de l’horlogerie aujourd’hui. Ils ne fourniront aucun emploi aux horlogers fraîchement sortis des écoles. Ils n’alimenteront jamais la recherche et le développement côté complications ou matériaux. Ils ne dégageront jamais cette magie qui fascine l’amateur parce que son garde-temps est habité par un cœur mécanique dont il peut parfois observer les battements. Puissent ces interférences ne pas détourner les aficionados et les collectionneurs de leurs vraies conquêtes! Puissent-elles ne pas grignoter, par un pervers effet de mode, le marché des montres multifonctionnelles. C’est un fan de Steve Jobs qui vous le dit, un adepte du Macintosh de la première heure: achetez-vous plutôt la T-Touch qui manque à votre collection plutôt que de succomber à ces vils gadgets opportunistes.

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