Billet Horloger

De SYTAL/Astrolon à Tissot Couturier

19 avril 2009

Nouveaux calibres, développements révolutionnaires, mouvements « manufacture », échappement silicium, matériaux inédits….

Les dernières années laissent le sentiment, avec le recul, que l’horlogerie a fait preuve dans le domaine de la motorisation d’une créativité et d’une capacité d’innovation sans limites.

Faisons la part des choses pour constater que dans le tas, bon nombre de calibres « maison » n’ont de manufacture que le gravage de la masse oscillante, n’ont de propre et d’original que le module de fonctions et d’affichage plaqué sur un tracteur bien connu. Ou ne sont souvent produits par quelque fournisseur externe qu’à quelques dizaines d’exemplaires. Bref, si les innovations significatives existent, elles ne semblent pas être aussi nombreuses que la légende horlogère veut bien le clamer.

Dans ce foisonnement, une réelle nouveauté d’intérêt présentée cette année à Bâle. Elle n’aligne certes pas 35 tourbillons superposés, mais se montre digne d’attention dans l’approche conceptuelle, technique et technologique dont elle témoigne. Le calibre ETA C01.211, chronographe automatique, financé par Tissot pour une large part, a été conçu dans une approche simplifiée permettant une production massive selon un processus recourant largement à l’automatisation. La surface plane de la platine y concourt pour une bonne part, de même que le nombre réduit de composants, 184 au total. Ce calibre recourt en outre aux matériaux synthétiques, à l’image de la plaque porteuse calée sur la platine de base, ainsi que l’échappement qui offre hautes performances, légèreté, antimagnétisme et lubrification considérablement réduite.

Révolutionnaire ? Flashback.

A l’aube des années septante était lancée par Tissot une nouveauté très innovante, le modèle Astrolon. Cette montre avait pour particularités d’être habillée de plastique d’une part, mais surtout de battre au rythme d’un mouvement mécanique à échappement à ancre composé pour une large de part de constituants synthétiques moulés par injection en une seule opération, le calibre SYTAL 
(Système Total d’AutoLubrification). 
Les composants métalliques maintenus : ressort, balancier, spiral, et barillet pour l’essentiel. Le calibre SYTAL, outre Astrolon, donna également naissance à une famille de collection baptisée Actualis Autolub, qui fut habillée de boîtiers acier et or.

Le postulat qui, dès les années soixante, a généré l’aboutissement de ce produit visait différents objectifs tendant à la rationalisation des processus de production, au développement d’un produit de haute qualité à un prix de revient revu à la baisse dans une perspective de production industrielle. Il entendait également proposer une solution nouvelle et viable à cette ancienne préoccupation que sont les contraintes liées à la lubrification et au séchage des huiles. Le recours aux matériaux de synthèse, inaltérables, insensibles à la corrosion et ne nécessitant aucun huilage, permettait de résoudre cette question.

La Tissot Astrolon aurait pu être promise à un très bel avenir commercial dans le segment visé. Lancée en 1971, le projet Astrolon se trouva confronté à la vague naissante de la montre-bracelet électronique à quartz, une concurrence redoutable qui lui fut fatale malgré les tentatives de relance opérées dans les années suivantes. Le chapitre ne fut pas totalement clos : la technologie utilisée dans le cadre du développement SYTAL – recours aux matériaux de synthèse – ne sera pas sans relation quelques années plus tard avec la naissance de la Swatch, en conjonction avec les avancées réalisées dans le domaine de l’électronique.

L’épisode Astrolon est inscrit dans les annales de l’histoire horlogère, et démontre que ce qui était valable voici une quarantaine d’années demeure parfaitement actuel après quatre décennies, à la différence près que les technologies se sont affinées. Et que les conditions du marché ne sont plus du tout les mêmes.

A cet égard, le calibre ETA C01.211 présenté par Tissot (qui trouvera place à l’avenir chez Swatch) permet à la marque d’offrir un chronographe automatique (Tissot Couturier) sur boîtier acier à moins de 800 francs suisses (premier prix public). Et autorise par extension d’y voir le fer de lance d’une stratégie de pénétration des segments inférieur et médian par le Swatch Group au-travers d’une nouvelle génération de calibres à un moment qui, si il n’est pas le meilleur pour l’horlogerie, l’est très certainement pour cette typologie de nouveaux produits.

 Par Pascal Brandt

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