Billet Horloger

Vaucher manufacture: le Val-de-Travers renoue avec son passé horloger

14 septembre 2009

Les inaugurations de sites manufacturiers troublent positivement l’ambiance plombée dans laquelle se meut l’industrie horlogère.

Le nouveau bâtiment inauguré le 4 septembre par Vaucher Manufacture à Fleurier, dans le Val-de-Travers, constitue à cet égard une étape marquante dans les étroites relations qu’entretient de longue date la Fondation de Famille Sandoz avec l’horlogerie. En 1996, la Fondation  devient actionnaire de Parmigiani Mesure et Art du Temps SA (PMAT), une évolution logique eu égard les liens qui l’unissaient de longue date à Michel Parmigiani : le talentueux horloger-restaurateur s’occupait alors notamment de l’entretien et de la restauration de la prestigieuse collection Sandoz.

Ce développement consacre l’engament de la Fondation de Famille Sandoz en faveur de l’industrie horlogère. De 1996 à 2003, PMAT développe les activités de marque et de manufacture. A cette époque, elle met déjà son expérience au service d’une clientèle private label et offre le développement de produits haute horlogerie sur mesure. C’est sur cette base que sont érigés les piliers de Vaucher Manufacture Fleurier issue, en janvier 2003 de la scission de Parmigiani Mesure et Art du Temps SA en deux entités : VMF et Parmigiani Fleurier. Les deux entités sont coiffées par la société MHF qui intègre en outre la maîtrise de l’habillage (Bruno Affolter ; Quadrance et Habillage) ainsi que celle de la production de composants du mouvement (Atokalpa ; Elwin).

En 2006, l’arrivée d’Hermès International dans le capital-actions de VMF à hauteur de 25% donne une nouvelle dimension à son développement. Ses activités se déploient alors sur 3 sites distincts tous sis à Fleurier. Le site qui vient d’être inauguré répond aux besoins de regroupement sous un seul toit des activités de Vaucher Manufacture, pensé dans une vision globale à long terme. La structure actuelle de 6700 m2 permet un agrandissement par phases successives permettant d’atteindre à terme une surface totale de production de 16000 m2.

Une authentique manufacture

Au final, une authentique manufacture qui n’en porte pas que le nom, mais en contrôle – presque – toutes les facettes. Florian Serex, directeur général : « Le nouveau site permet de regrouper désormais sous un seul toit l’entier des activités. Nous faisons tout à l’interne, sauf les ressorts de barillet et les rubis !». 
Cette intégration verticale des processus de production de calibres marie  un environnement de type industriel avec la réalisation des petites séries de caractère artisanal. La société  offre actuellement 21 calibres différents qui se déclinent en plus de 90 références de mouvements. Son savoir-faire s’étend de la manufacture artisanale de pièces uniques ou de quelques centaines de pièces de très haute facture à des séries de haute horlogerie fortement personnalisées dans des quantités de 300 à plusieurs milliers de pièces par an.

 

Richard Mille, Corum, Hermès

Outre Parmigiani, Vaucher Manufacture alimente un portefeuille de clients externes tels que Richard Mille, Corum et Hermès. « Nous avons pour volonté d’élargir notre portefeuille de clients, sur une base sélective », note Florian Serex en précisant que la capacité actuelle de production, de l’ordre de 12'000 mouvements annuellement façonnés dans les locaux (pour moitié destinés à Parmigiani), devrait progressivement ascender à 20’000 unités par an. Une bonne nouvelle potentielle pour un certain nombre de …. « manufactures », entre Genève et La Chaux-de-Fonds, dont les capacités de production, se réduisent au strict minimum ! Et pour autant évidemment que la demande se revigore et que les mesures de chômage partiel appliquées jusqu’à la fin de l’année aux 220 employés de Vaucher ne soient plus qu’un mauvais souvenir.

Plus globalement, la construction de ce bâtiment s’inscrit dans une forme de renaissance d’une région de l’arc jurassien au passé horloger flatteur, qui fut éclipsé ensuite par la Vallée de Joux, Genève et La Chaux-de-Fonds.

Car ainsi que le relevait Alfred Chapuis dans son Histoire et Technique de la Montre Suisse, « l’horlogerie en petit se développa tout d’abord à Fleurier (…). Le premier animateur en cette localité fut Jacques-Henri Vaucher cité en 1730 qui (…) aurait été formé par Daniel JeanRichard (…). A la fin du XVIIIème siècle, une douzaine d’ateliers importants existaient à Fleurier, à Môtiers, à Travers, et il y en avait d’autres dans tous les villages. On y confectionnait d’excellentes montres, dont certaines compliquées, à équation, à sonnerie et même à automates (…). Dans la première partie du XIXème siècle, l’horlogerie prit une soudaine et extraordinaire extension par la fabrication de la montre dite « chinoise », d’un type spécial et d’une ornementation intérieure originale (…). Cette fabrication fit pendant longtemps la fortune de Fleurier ».

Si la gloire horlogère du Val-de-Travers, soulignée notamment par les exportations de montres de poche à destination de l’Empire du Milieu,  s’est pour une large part figée à la fin du XIXème siècle, l’essor de Vaucher Manufacture contribue à réveiller et renforcer le potentiel d’une région riche de savoir-faire, aux côtés de Chopard Manufacture (LUC) qui, la première, a choisi au milieu des années 90 d’y installer son unité de production mouvements signés LUC. A date plus récente, Bovet/Dimier a parié elle aussi sur un Val-de-Travers qui commence à retrouver progressivement le rôle qui fut historiquement le sien dans l’histoire horlogère. 

Par Pascal Brandt (2009)

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