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Michel Parmigiani, le Sherlock Holmes de l’horlogerie

18 février 2012

On ne sait pas toujours que le maître horloger de Fleurier a commencé sa carrière comme restaurateur de pièces anciennes. Activité qu’il poursuit aujourd’hui avec la même passion, au coeur de sa manufacture du Val-de-Travers. Rencontre avec un homme dont la réputation n’a d’égale que la modestie.

Il couve les vieilles horloges, pendules, oiseaux chanteurs et automates qu’on lui confie comme une mère poule. Où qu’il soit dans le monde, il est toujours prêt à répondre aux coups de fils anxieux de ses collaborateurs qui peinent à trouver une solution pour restaurer telle ou telle pièce, tel ou tel mécanisme usé ou cassé résistant à leur compréhension. Il est comme ça, Michel Parmigiani, l’as des as de la restauration, le Sherlock Holmes de l’horlogerie.

C’est lui-même qui use (mais n’abuse pas) de la comparaison avec le fin limier cher à Conan Doyle. Car en matière de restauration, il faut souvent procéder comme lors d’une enquête policière: «La plupart du temps, pour ces pièces très rares et très anciennes, on ne possède plus ni plan, ni explication du mécanisme. Il faut donc user de patience et de méthode pour comprendre comment il fonctionne. On doit démonter l’ensemble de l’objet, prendre des photos et des notes au fur et à mesure pour découvrir pourquoi tel ou tel élément ne fonctionne pas. Sinon, on est perdu. C’est comme sur une scène de crime. Si vous effacez les empreintes, vous êtes fichu», raconte Michel Parmigiani avec malice.

Comprendre et respecter le travail des anciens, en s’efforçant de ne jamais le pervertir: tel est le leitmotiv du restaurateur, qui n’est pas devenu un expert mondialement réputé pour rien. C’est cette manière de faire qui le distingue des autres et qui distingue fondamentalement son travail de celui d’un simple réparateur. «Réparer, c’est modifier une pièce pour que cela fonctionne à nouveau normalement. On peut comparer cela à du bricolage. Et souvent, celui-ci est mal fait. Mais ce n’est pas restituer l’original. Restaurer, si. Dans notre métier, il ne faut jamais trahir la pièce, ne jamais fausser l’histoire», explique Michel Parmigiani, philosophe.

La démarche requiert par conséquent du temps, de la patience, pour ne pas dire de l’abnégation, et de nombreuses recherches «archéologiques» avant toute intervention sur un objet. L’expérience et la mémoire jouent également un rôle prépondérant: «Evidemment, avec les années, j’ai appris à reconnaître certains mécanismes. Je peux les comparer et ainsi m’en inspirer pour éviter de commettre l’irréparable», conclut l’horloger neuchâtelois.

Parmigiani, c’est bien sûr aussi une marque, une manufacture de montres contemporaines, dont l’esprit s’inspire des leçons des maîtres de jadis. Michel Parmigiani tient à insister sur cette filiation séculaire. A ses yeux, la restauration constitue une sorte de fil rouge: «En avançant dans mon travail, j’ai finalement compris que ce qui reliait toutes ces époques, de la Renaissance à aujourd’hui, c’est la recherche de l’excellence, le souci du travail bien fait, la quête des bonnes proportions et de l’harmonie», raconte-t-il. Avant de conclure par ces mots: «J’essaie d’avoir tout cela en tête dans mes créations actuelles, de travailler dans le même esprit. »

 

Par Thierry Brandt

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